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Manifestation massive à Barcelone pour l'accueil des réfugiés

Laia Vicens

Plus de 160.000 personnes, selon la police, ont manifesté sous le slogan "Plus d'excuses, accueillons maintenant "

Barcelone s'est teinte hier en bleu de la Méditerranée, où l'année dernière plus de 5.000 personnes sont mortes, avec un double objectif: dénoncer la tragédie humanitaire que des milliers de personnes vivent dans des camps de réfugiés en Grèce et en Italie, et surtout exiger des institutions, européennes comme catalanes, des efforts accrus pour assurer l'accueil des réfugiés. Et cela implique d'ouvrir les frontières et de laisser entrer par des routes sûres les personnes fuyant la guerre C'est ce qu'ont réclamé plus de 160.000 manifestants, selon la Garde urbaine (police), un demi-million, selon les organisateurs.

Quoi qu'il en soit, la manifestation appelée par la plate-forme Casa Nostra Casa Vostra (Notre maison, votre maison), aura été la plus grande mobilisation en faveur de l'accueil des réfugiés à avoir lieu en Europe et la plus transversale de la dernière décennie en Catalogne. Depuis les manifestations contre la guerre contre l'Irak en 2003, tant de milliers de personnes avec des idéologies, des origines, des religions et des convictions politiques et nationales différentes n'étaient pas descendues dans la rue pour défendre la même cause. Une authentique démonstration de la force des citoyens qui, une fois de plus, prennent la tête dans la rue et interpellent la classe politique qui, tout en participant à la manifestation, s'est retrouvée reléguée au second plan.

Banderole : "Assez d'excuses, accueillons maintenant". Photo Celia Atset / ARA

«Manifester est la seule chose qui nous reste. Si nous manifestons pour l'indépendance, le moins que nous puissions faire est de le faire aussi pour exiger que les personnes ne soient plus illégales », expliquent Alba et Judith, qui sont venues de Bellver de Cerdanya et Baga. Pour Victoria, c'était un «devoir» de descendre dans la rues et d'exiger que l'UE, l'État (espagnol) et la Generalitat (gouvernement catalan) "commencent à se bouger".

Dès la fin de la manifestation, et après avoir constaté l'immense succès de la mobilisation, Ruben Wagensberg, coordinateur de la marche, a proposé un grand pacte social pour l'immigration, un front commun des municipalités et entités catalanes et de la Generalitat pour un triple objectif: premièrement, "aller à Madrid, à Bruxelles ou où que ce soit" pour exiger des mécanismes pour accueillir plus de réfugiés; deuxièmement, pour assurer une meilleure attention à ceux qui vivent déjà en Catalogne, et troisièmement, pour lutter contre la "vague de racisme et de xénophobie" qui se propage à travers l'Europe. Ce sont les propositions que les coordinateurs ont fait au président de la Generalitat, Carles Puigdemont, lors d'une réunion au Palais de la Generalitat dans la soirée.

En fait, ils avaient suivi les revendications des citoyens venus de toutes les régions du pays pour manifester pacifiquement sur les deux kilomètres de la Place Urquinaonaà la Barceloneta. Il y avait des gens de tous âges: des familles entières, grands-parents et enfants avec leurs pancartes, bébés dans des poussettes, des immigrés émus avec des drapeaux de leur pays d'origine, des groupes de jeunes aux visages peints et dansant au rythme des batucadas.

"Nous voulons accueillir" : La Une du quotidien Ara d'aujourd'hui

"Ouvrons les frontières, assez de morts"

Les coordinateurs de la mobilisation verbalisent ce que les manifestants ont exprimé dans leurs slogans chantés - " Ouvrons les frontières, assez de morts» ou "Réfugiés, les réfugiés, c'est la faute des États" - et leurs pancartes -beaucoup artisanales et faites par des enfants -. Wagensberg a demandé aux institutions européennes de cesser de "dépenser de l'argent pour des clôtures" et de le destiner à la prise en charge des réfugiés et a demandé des sanctions contre les États qui ne respectent pas les quotas convenus. Et sur ce point, la lanterne rouge est l'État espagnol, qui n'a reçu que 6% des réfugiés qu'il s'était engagé à accueillir. "C'est une honte", dit-il. Le discours de Lara Costafreda, coordinatrice de la marche a aussi été incisif : "Plus d'excuses, nous devons et nous voulons accueillir maintenant",a-t-elle dit.

L'un des moments les plus émouvants a été la simulation d'un sauvetage sur la plage, comme le font chaque jour les bénévoles sur les plages de la Grèce. Meera M. Zaroor, une réfugiée syrienne qui vit en Catalogne, a expliqué que les Syriens qui veulent entrer en Europe fuient la guerre. «Nous voulons que vous nous fassiez nous sentir à la maison pour oublier la douleur que nous ressentons», a-t-elle dit, dans l'un des discours les plus émouvants de la journée. Avant elle c'était Dara Ljubojevic, une Bosniaque qui venue en Catalogne pendant la guerre dans son pays, qui avait pris la parole pour demander que les réfugiés syriens aient «le même sort» qu'elle a eu il y a 25 ans.

Cette manifestation a de nouveau montré la capacité de mobilisation des Catalans, aussi en faveur de l'accueil des réfugiés. Mais celle d'hier n'était pas un événement festif. C'était une marche pour convertir l'horreur de la guerre en "obligation" de défendre les droits humains. Un message très puissant adressé aux hauts dirigeants européens dont on verra s'il peut remuer les consciences pour changer quelque chose.

tlaxcala-int.org

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